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    TJM ou salaire : convertir et bien choisir (freelance vs CDI)

    VGPar Victor Garcia·· 10 min
    TJM ou salaire : convertir et bien choisir (freelance vs CDI)

    En bref

    Comment convertir un TJM en salaire CDI (et l'inverse) avec un ratio explicite et ajustable, comparer freelance vs CDI, et choisir sans formule magique.

    Comparer un TJM de freelance et un salaire de CDI en mettant simplement les deux montants côte à côte conduit presque toujours à une conclusion fausse. Ces deux chiffres ne recouvrent pas la même réalité : l'un est un prix de marché, l'autre un coût d'emploi. Pour raisonner juste, il faut comprendre ce que chaque montant inclut et ce qu'il doit financer.

    Pourquoi on ne peut pas comparer un TJM à un salaire brut

    Le réflexe le plus répandu consiste à multiplier un TJM par un nombre de jours, puis à comparer le résultat à un salaire annuel brut. Cette opération paraît logique, mais elle compare deux objets de nature différente. Un salaire brut est ce que reçoit un salarié avant ses propres cotisations ; il s'inscrit dans un contrat où l'employeur prend en charge une partie importante de la protection sociale, finance les congés, assume le risque d'inactivité et garantit une continuité de revenu. Le TJM, lui, est un prix facturé par un indépendant qui doit, à partir de cette somme, financer lui-même l'intégralité de ce que le salariat lui apporterait par défaut.

    Autrement dit, un TJM n'est pas un salaire déguisé. C'est un chiffre d'affaires brut, à l'intérieur duquel l'indépendant doit tout reconstituer : sa rémunération nette, ses charges, sa couverture sociale, ses temps non facturés et ses frais. Comparer un TJM facturé à un salaire net perçu revient à comparer le sommet d'un iceberg à un autre iceberg vu de dessous.

    Ce que le TJM doit réellement couvrir

    Pour saisir l'écart, le plus utile est de lister tout ce qu'un TJM doit absorber, là où un salaire de CDI bénéficie d'un cadre qui prend en charge ces éléments de manière implicite.

    • Les cotisations et charges sociales. L'indépendant supporte des prélèvements liés à son statut, qui réduisent l'écart entre ce qu'il facture et ce qu'il conserve. Le poids exact dépend du régime choisi, mais le principe reste : une partie du TJM ne reviendra jamais en revenu disponible.
    • La protection sociale. Couverture santé, prévoyance, indemnités en cas d'arrêt, droits en cas de baisse d'activité : tout ce qui est mutualisé pour un salarié doit être anticipé, et souvent financé volontairement, par l'indépendant.
    • Les congés et jours non travaillés. Un salarié est payé pendant ses congés, ses jours fériés et ses éventuels arrêts. Un freelance ne facture que les jours réellement travaillés : chaque jour de repos est un jour sans revenu.
    • Les jours non facturés. Au-delà des congés, une partie significative du temps d'un indépendant n'est pas facturable : prospection, propositions commerciales, administratif, comptabilité, formation, veille. Ce temps doit être financé par les jours qui, eux, sont facturés.
    • Les frais professionnels. Matériel, logiciels, assurance professionnelle, comptable, espace de travail, déplacements, formation continue. Là où l'employeur fournit souvent ces moyens, l'indépendant les paie sur son TJM.
    • Le risque et la retraite. Le risque d'intermission, l'absence de garantie de revenu et la constitution d'une retraite reposent entièrement sur l'indépendant. Ce sont des coûts différés, mais bien réels, qu'un TJM doit intégrer pour être soutenable dans la durée.

    La logique de conversion ne consiste donc pas à appliquer un coefficient magique, mais à reconstituer, poste par poste, ce que le statut salarié couvrait sans qu'on y pense.

    La logique de conversion, étape par étape

    Plutôt que de chercher une formule unique, il est plus robuste de raisonner par couches successives. La démarche reste la même quel que soit le métier, qu'il s'agisse d'un profil Tech ou d'un commercial.

    • Partir des jours réellement facturables. Une année ne compte pas autant de jours facturés que de jours ouvrés. Il faut retirer les congés souhaités, les jours fériés, le temps administratif et commercial, ainsi qu'une marge pour les périodes creuses. Le nombre de jours réellement vendables est toujours inférieur à ce que l'on imagine.
    • Définir le revenu cible. Côté freelance, on part du revenu net que la personne veut conserver, pas d'un salaire brut. Côté employeur, on part du package que l'on est prêt à offrir.
    • Remonter la chaîne des coûts. À ce revenu cible, on ajoute les charges, la protection sociale à financer, les frais et la provision pour risque. On obtient le chiffre d'affaires nécessaire, puis on le divise par le nombre de jours facturables pour approcher un TJM cohérent.
    • Vérifier la soutenabilité. Un TJM doit rester viable sur une année complète, pas seulement sur un mois plein. Si le calcul suppose un taux d'occupation irréaliste, le TJM est trop bas, même s'il paraît élevé en apparence.

    Cette mécanique explique pourquoi un TJM qui semble très supérieur à un salaire journalier équivalent peut, une fois tout reconstitué, aboutir à un niveau de vie comparable, voire inférieur, si les temps non facturés et le risque sont sous-estimés.

    Les facteurs à intégrer côté freelance

    Du point de vue de l'indépendant, fixer un TJM revient à se poser une série de questions concrètes, dont les réponses varient selon la situation personnelle et le secteur.

    • Quel taux d'occupation réaliste ? Combien de jours par an seront effectivement vendus, en tenant compte des périodes creuses et des délais entre deux missions.
    • Quel niveau de protection souhaité ? Un freelance qui veut une couverture proche de celle d'un salarié devra financer davantage, ce qui pèse sur son TJM cible.
    • Quels frais structurels ? Un profil qui investit en outils, en formation ou en sous-traitance n'a pas le même seuil de rentabilité qu'un profil aux frais minimes.
    • Quelle tolérance au risque ? Plus l'activité est irrégulière, plus la provision pour intermission doit être élevée, ce qui renchérit mécaniquement le tarif journalier.

    Le bon TJM n'est donc pas le plus haut possible, mais celui qui couvre tous ces postes tout en restant accepté par le marché. C'est un équilibre, pas un maximum.

    Comment un employeur doit raisonner pour positionner une offre

    Côté entreprise, l'erreur symétrique consiste à regarder un TJM de freelance et à le juger trop cher par rapport à un salaire interne. Là encore, la comparaison directe est trompeuse. Un employeur ne paie pas qu'un salaire brut : il supporte aussi des charges patronales, des coûts de structure, des congés payés, des outils, et il assume le risque d'un poste qui pourrait être sous-utilisé en période creuse.

    Pour positionner une offre, qu'il s'agisse d'un CDI ou d'une mission, il est plus juste de raisonner en coût complet plutôt qu'en montant affiché. Un CDI engage l'entreprise dans la durée, avec une stabilité et une montée en compétence interne ; une mission freelance achète de la flexibilité et une expertise immédiate, sans engagement long. Comparer les deux suppose donc de mettre en regard non pas deux chiffres, mais deux modèles de coût et de risque.

    Un raisonnement solide consiste à se demander ce que l'on cherche vraiment : de la continuité et de la fidélisation, ou de la flexibilité et de la rapidité de mobilisation. Le bon arbitrage dépend de l'horizon du besoin, de la criticité du poste et de la capacité à recruter durablement. Sur des métiers tendus comme la Tech et le Sales, ce raisonnement est d'autant plus important que la rareté des profils déforme les repères habituels.

    Les pièges des comparaisons trop rapides

    Plusieurs raccourcis reviennent systématiquement et faussent les décisions, des deux côtés de la table.

    • Multiplier un TJM par tous les jours ouvrés. Cela surestime le revenu d'un freelance en ignorant les jours non facturés et les périodes creuses.
    • Comparer un net à un brut. Confondre ce qui est facturé, ce qui est perçu et ce qui reste après charges mène à des écarts qui n'existent pas réellement.
    • Oublier les coûts invisibles du salariat. Côté employeur, ne regarder que le salaire brut sans intégrer le coût complet fausse la comparaison avec une mission.
    • Ignorer la valeur du risque et de la flexibilité. Un TJM plus élevé rémunère aussi l'absence de garantie et la capacité à être mobilisé vite, ce qui a une valeur réelle pour l'entreprise.
    • Raisonner sur un mois plein. Un calcul juste se fait toujours à l'échelle de l'année, en intégrant les creux, sous peine de surestimer la rentabilité d'un côté comme de l'autre.

    En évitant ces pièges, la conversion cesse d'être une bataille de chiffres pour devenir ce qu'elle est vraiment : un exercice de mise en regard de deux structures de coût et de deux niveaux de risque. C'est cette grille de lecture qui permet de positionner une offre crédible et d'attirer les bons profils.

    FAQ : un TJM élevé signifie-t-il un revenu élevé ?

    Pas nécessairement. Un TJM élevé doit d'abord financer les charges, la protection sociale, les jours non facturés, les frais et le risque. Une fois tous ces postes reconstitués, le revenu réellement disponible peut être bien plus proche d'un salaire qu'il n'y paraît. La question pertinente n'est pas le niveau du TJM, mais ce qu'il reste une fois l'année complète prise en compte.

    FAQ : comment un employeur sait-il s'il doit recruter en CDI ou en freelance ?

    Le critère central est l'horizon et la nature du besoin. Un besoin durable, structurant et propice à la montée en compétence interne plaide pour le CDI. Un besoin ponctuel, urgent ou exigeant une expertise rare immédiatement disponible plaide pour la mission. Plutôt que de comparer un TJM à un salaire, il vaut mieux comparer deux modèles de coût complet et le niveau de flexibilité recherché.

    FAQ : existe-t-il un coefficient fiable pour convertir un salaire en TJM ?

    Aucun coefficient universel ne tient, car les charges, les frais, le taux d'occupation et le niveau de protection souhaité varient fortement d'une situation à l'autre. La seule méthode robuste consiste à reconstituer poste par poste ce que le TJM doit couvrir, puis à le rapporter au nombre réel de jours facturables. Tout chiffre présenté comme une norme universelle doit être considéré avec prudence.

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    Publié par Rocket4RPO
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